Le choc thermique

Mais cette page, écrite en vert-kaki avec tant d’ardeur depuis septembre, devait prendre fin de la plus brutale des manières : le T’as-tort terminé, les armes nettoyées et réintégrées, nous passâmes brutalement de l’état de guerriers de l’apocalypse à celui d’écoliers de cours moyen. La DGER nous appelait…

Ayant rempli nos musettes de papiers, stylos, buvards, cahiers sans oublier un précieux goûter, nous prîmes martialement le chemin de l’école, au pas et en chantant Verdun, sans nous douter que cette nouvelle bataille aurait elle aussi un parfum d’hécatombe.

Du jour au lendemain, nous étions devenus des petits étudiants vêtus en treillis, et confrontés à un enseignement qui nous laissait pantois. Dans ce nouvel enfer, il faudrait tenir contre le sommeil, et lutter contre nos plus bas instincts qui criaient sieste, distraction, fuite voire « Entrées chaudes »…

 

 

Genèse de la promotiongeneral

La Pompe faisait dans nos rangs ses premières victimes. Que serions-nous devenus dans la chaleur moite et suffocante des amphis si nous n’avions pas eu la promotion à bâtir ? Ce projet nous fédérait et réveillait en nous des énergies dont nous pensions à nous demander ce qu’elles allaient devenir dans ce cloaque.

Il fallut donc élire un parrain, après d’âpres débats visant à hiérarchiser maintes figures glorieuses. Notre choix se porta, motivé par la perspective du PDB cent ans après la Grande Guerre, sur deux officiers incarnant ensemble ce conflit : père et fils, général et sous-lieutenant, Edouard et Xavier de Castelnau étaient la plus belle synthèse de cette page magistrale de notre histoire. Arrivés grands premiers de nos votes, ils furent présentés à la hiérarchie avec une certaine appréhension, car nous n’ignorions pas que le général le plus brillant et le plus humble de la Grande Guerre était aussi une figure morale souvent contestée lors des votes de nos anciens. Mais justice devait être faite, et la réponse nous parviendrait bientôt…

Autour de cela, projets d’insignes et répétitions de l’ébauche du chant promo se succédaient, tandis que le Petit Carré et le futur Conseil des Fines, tout juste élus, tâchaient de coordonner toutes les folles idées qui germaient ça et là, animées par les compagnies, les sections, les clubs ou les cellules (Club A, Club M, Cellule Défi, Cellule Perche, Chorale…)

 

 

 

Nos premières activitésS2-2-

Il s’agissait donc d’affirmer à la face de Coëtquidan que, malgré les affres de la Pompe et du Bataillon, une promotion s’apprêtait à naître ! Après nos premiers balbutiements – le petit-déjeuner de la rentrée scolaire et la distribution des crêpes du mardi-gras à tous les amphis, dans le style perchique – il était temps de frapper un premier coup, fort et bien : quelle ne fut pas la surprise de nos cadres de se trouver un beau matin d’avril face à une promotion… d’élèves-officiers de l’Ecole Navale !!!

Partis au milieu de la nuit, nous étions alors face à la mer (où nous aurions dû grandir) faisant flotter nos casos dans le vent marin, face à toutes les écoles du Poulmic. Passées les traditionnelles photos à Coët et à la Baille, les deux promos se retrouvèrent à mi-chemin, au fort de Port-Louis, pour y partager le repas convivial qui s’imposait. Les agapes terminées, chacun repartit chez soi : les bordaches devaient retrouver leurs lits, et nous… nos rangers pour accomplir, petites foulées bras souples, notre première – mais pas dernière – Grande Bosse avec un petit tour du camp en prime.

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Dans un style plus solennel, nous repartîmes – avec l’accord du commandement cette fois – faire bénir nos jeunes casoars au Mont-Saint-Michel ; sortie émouvante et belle dans un cadre somptueux, et qui se termina bien sûr par un dîner festif au pied du Mont.

Mais il était temps de rire et, quelques semaines plus tard, un semi-remorque de sable se présentait aux Ecoles au petit matin, pour faire de Bazar Beach une éphémère plage ! Jeux gonflables, marchand de barbe-à-papa, crêperie de fortune, jeux de ballons et bouées gonflables s’y ajoutèrent bientôt, et tout le camp vint profiter avec nous des joies de Coëtquiplage !

 

 

 

Et pendant ce temps…

Le siège continuait ! La pompe nous harcelait et, déjà, beaucoup donnaient des signes de faiblesse, tandis que le bataillon ne nous épargnait pas non plus. Les AFM se succédaient jusqu’à atteindre l’apogée, à savoir l’exercice Alma qui, précédé d’une importante commande de VTT, nous vit devenir sans crier gare un bataillon cycloporté… Affreux, grands-affreux, voraces, dolos, Bouz, Bulle, crêpières bigoudènes et même vaches, tout Coët en rit encore.

Les vélos ne pouvant être limités à une seule et unique utilisation, un vaste triathlon nous mit en rude compétition le temps d’un week-end dans la joie et la bonne humeur.

Il fallait aussi rayonner, et notre « pont du 1er mai » fut donc consacré à un déplacement à Aubagne pour y prendre part aux festivités de Camerone. Cérémonie poignante, même sous cette pluie battante, qui nous vit tous vibrer aux accents du Boudin. Certains ne manqueront pas d’évoquer surtout comme une composante capitale de cette activité, la vaste chouille de la veille au soir à Aix… mais personne ne défaillit sur les rangs, nous fûmes donc absous.

 

Retour au vertS2-9b

S2-9Vert kaki bien sûr : sitôt terminés les examens de la pompe, nous nous répartissions en deux moitiés : tandis que l’une irait découvrir à Pau les joies du parachutisme militaire (et des heures d’attente au bar de l’ETAP), l’autre, sélectionnée sur de sévères critères médicaux (myopie, scoliose, entorse mal remise ou en gestation), partirait respirer l’air pur des Alpes et goûter aux joies de l’alpinisme ainsi que de la gastronomie savoyarde.

Fièrement brevetés de l’un ou l’autre de ces stages, nous nous retrouvâmes gaiement au camp de Caylus pour Zaatcha, l’exercice majeur de notre fin d’année : première découverte de l’interarmes avec le 17e RGP et les AMX10RC du 1er RIMa, première grande manœuvre à double action (la 10e Cie tentant tant bien que mal de freiner l’implacable progression de la terrible 9e), première restitution en zone urbaine avec la prise (ou la défense selon le point de vue) du paisible village de Quissac dans le Lot, qui se réveilla ce jour-là dans une atmosphère bien martiale…

 

BaptêmeS2-10-

Mais déjà il fallait revenir en Bretagne pour y préparer la fête du Triomphe. Répétitions, mise en place des barrières, des tribunes, des stands, il n’y avait pas de repos possible ! Mais le résultat devait être à la hauteur…

Dans la nuit du 21 au 22 juillet 2012, nous reçûmes très solennellement notre nom de promotion selon le rite traditionnel et légendaire : A genou les hommes… Debout les officiers ! De troupeau, nous nous relevions promotion et entrions dans l’Histoire adoubés de ce nom de pure gloire au service de la France : Castelnau.

Après la cérémonie, place au bal jusqu’au bout de la nuit… puis au rangement. Après un dernier aller-retour à la Grande Bosse pour lui dire au revoir, nous étions enfin, épuisés, en permissions.