Intégration et incorporationS1-3

Notre histoire commence à l’été 2011 : après deux ou trois ans de corniche, quatre pour les plus acharnés, et trois ans de vacances pour les extra-terrestres du désormais défunt concours Bac+3, nous sommes reçus au concours d’entrée le 13 juillet 2011 (ou un peu plus tard pour les amateurs de suspense).

Le temps de profiter d’un été ô combien reposant, nous posions nos premiers pieds sur la lande bretonne le 5 septembre 2011. Accueillis par nos cadres et les gradés aux jeunes (GAJ) perfides et méchants, nous fûmes rapidement plongés dans un rythme aussi galopant que les bazars affolés que nous étions désormais.

Nous ne nous rendions alors pas compte de certaines choses qui ses passaient autour de nous, comme le bonheur de vacanciers dont se paraient nos grands-affreux de la Cacqueray alors qu’ils nous galonnaient lors de l’émouvant Petit Soir, avant de s’envoler loin, très loin de la Bretagne et des voraces… Pour nous, au contraire, il n’y avait rien de mieux que de se maquiller en vert et brun avant de réciter un DPIF d’une voix martiale ; nous étions jeunes et insouciants.

 

Le Bois du Loup – match aller

S1-6Instruits et entraînés par l’élite de l’armée de terre qu’étaient nos cadres et nos GAJ, il ne nous restait plus qu’à affronter sereinement le camp initial au Bois du Loup, terre promise de l’EOA, passage obligé de tout bon embryon. Nous y découvrîmes l’usage de nos armes de dotation les plus redoutables – FAMAS et pelle US – et y pratiquâmes l’art qu’est le combat du trinôme.

Après une marche nocturne venant tourner cette première page de vie militaire, nous nous trouvâmes sous une aube brumeuse face aux vieilles pierres de l’abbaye de Paimpont. A ses pieds, nous reçûmes nos képis des mains de nos cadres, marquant symboliquement notre entrée dans l’Armée de Terre.

 

 

 

 

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Affolez les Bazars !

Le retour au camp bâti vint confirmer nos premières impressions sur la vie générale à Coëtquidan : pas le temps de dormir, pas le temps de marcher, pas le temps de manger, pas le temps de… Bref : courir ! Quand ce n’étaient pas les cadres, c’étaient les instructeurs, les moniteurs de la DEPS, les z’officiers de la Bulle, les instructeurs de tir… Il fallait bien cette joyeuse ambiance pour nous contraindre au premier réflexe du saint-cyrien : sourire et prendre tout cela à la légère.

Saint-cyriens, nous apprenions à le devenir, au fil des nuits, sous la houlette de nos affreux de la Bulle. Souvenirs joyeux ou émouvants, moments forts sur la lande, à Paris ou à Verdun, qui nous conduisirent jusqu’à cette inénarrable nuit du 4 au 5 novembre 2011, qui nous vit entrer dans la grande famille saint-cyrienne par le rite intime et solennel du Grand Soir.

 

 

Poursuite des hostilités

Mais ce n’était qu’une étape et il nous restait encore une infinité de choses à apprendre ; nos cadres se chargèrent de nous en faire prendre conscience très rapidement ! Pas le temps de se reposer donc, car l’instruction militaire reprit de plus belle, objectif : acquérir le niveau d’un jeune sergent et ainsi commander un groupe. Finalement, devenu cyrard ou pas, l’EOA reste un EOA : il galope, transpire, affole, court, s’excuse et repart pour un tour.

Un nouveau terrain conséquent en sections autonomes devait nous faire travailler le niveau chef de groupe, en vue de l’étape tant attendue : le stage en régiment ! Ce premier bain dans la vraie vie devait suivre les permissions de Noël, et nous eûmes donc l’honneur de tirer au sort nos régiments. Puis vint la « Tactical Patrol », rallye des groupes sur deux jours où tous les nuages d’Armorique s’invitèrent pour que la fête soit plus folle.

Ces premiers mois furent aussi l’occasion de découvrir les AFM, week-ends pédagogiques de promenades champêtres dans le camp pour y recevoir le noble art de la tactique dans sa plus haute acception. Ils allaient jalonner toute notre existence jusqu’à la fin du IIe Bataillon sous les noms des plus grandes batailles : Alma, Sebastopol, El-Moungar…

S1-7La guerre niveau groupe ayant ses limites en termes de rigolade, quelle ne fut pas notre joie de pouvoir célébrer enfin le 2S, début décembre : enfin les grandes manœuvres ! Anniversaire d’Austerlitz (1805), le 2S est la fête traditionnelle de tous les cyrards en mémoire de nos premiers anciens morts pour la France au temps du grand Empire. A Coëtquidan, le 2S prend la forme d’une gigantesque reconstitution en costume où les comptes se règlent entre affreux (Français) et bazars (Austro-Russes) à grands coups d’œufs, de pâte-à-merde et de grenades à plâtre. Malgré notre défaite (écrite d’avance de toute manière), nous étions tous présents au bal traditionnel du soir pour poursuivre le combat…

Il fallait enfin tenir jusqu’à nos premières permissions, passant par un rallye de haute volée, aussi nocturne que possible, un dernier test PO et… fin de l’apnée, nous étions libres !

 

 

Les corps de troupe et le retour

Un choc nous attendait deux semaines plus tard, en débarquant dans nos régiments de stage, galonnés sergents : nous étions des cadres ! Etrange impression de passer ainsi de l’autre côté de la barrière. Un mois et demi de bonheur débutait pour nous, éparpillés dans toute la France et toute l’armée de terre… et lorsqu’il fallut reprendre le chemin de Coët, tous étaient unanimes pour dire que ce n’était pas de gaieté de cœur…

Reposés par ces semaines d’absence, nos cadres nous attendaient de pied ferme pour nous reprendre en main avec le lard et la manière : à peine le temps de poser les sacs que nous repartions pour un nouveau rallye, rentré dans l’histoire sous le nom de « T’as-tort ».